Billet : October 27, 2015 at 04:54PM

Bonjour frérot,
Aujourd’hui, Damino (mon clown) m’a tiré les oreilles pour me rappeler l’urgence d’aller ramasser des feuilles mortes. Il en a besoin pour « Bobines », et il doute que celles déjà ramassées survivront (si l’on peut employer ce verbe pour une feuille morte) jusqu’au 14 décembre. Si je ne prends pas les devants, Damino risque de se retrouver bredouille, et son intervention bobinesque sera sérieusement compromise. Me voilà donc dans les rues de Paris, en quête de feuilles. Tout en sélectionnant les plus beaux spécimens, je ne peux m’empêcher de repenser à nos escapades champêtres, à nos cabanes, à nos aventures dans les bois finistériens. Et c’est toute la brise bucolique de notre enfance qui souffle sur ma rêverie. Je revois les mûres que nous mangions « in situ », et le mur de l’école d’à côté, depuis lequel nous nous jetions à grands cris sur le sapin de la cour. Je revois les rivières que nous remontions à contre-courant, l’eau jusqu’aux genoux. Aujourd’hui, c’est la vie que j’aimerais pouvoir remonter à contre-temps, pour revivre cette époque où nous étions de vrais « copains des bois ». J’entends encore la trompe sourde de la machine à traire, dans la ferme avoisinante. Je revois les veaux que j’allais caresser de temps en temps, et dont j’avais un peu peur. Je revois les cartes à jouer dans les rayons de nos vélos, la haie qui séparait notre jardin de celui de la fameuse Sabine dont tu parles dans ton dernier message. Je revois aussi le ciel étoilé que je contemplais longuement depuis le velux de ma chambre, espérant y surprendre une étoile filante, ou même quelque vaisseau interplanétaire.
Les feuilles que je viens de ramasser sont en tas sur ma table. Elles ne sont pas mortes pour rien, puisqu’elles vivront un brin d’éternité sur une scène de théâtre. Joli destin pour une feuille, non?
Je t’embrasse,
Damien
PS : Pour les longues heures sur la route, pas d’inquiétude, nous avons toujours notre mot magique pour éluder toutes nos chamailleries.
#bobines2015